Interview d’Ophélie Gaillard

Interview d’Ophélie Gaillard

Pour sa première venue à Saint-Agrève, la violoncelliste Ophélie Gaillard a choisi la formation en trio, celle qu’elle défend avec passion aux côtés de ses 2 complices, Ayako Tanaka et Akiko Yamamoto. Ces 3 brillantes musiciennes ont su merveilleusement associer leurs tempéraments et leurs sensibilités au sein de cette formation, comme a pu en juger cette saison le public des Invalides avec le puissant trio de Tchaïkovski dont elles nous ont offert une interprétation aussi engagée que bouleversante. Elles devraient encore nous émouvoir et nous enflammer en l’Eglise du Pouzat avec ce programme qui mettra à l’honneur 3 chefs d’œuvres du répertoire pour trio !  Propos recueillis par Laure Mézan

Vous jouerez en trio, à Saint-Agrève, avec la violoniste Ayako Tanaka et la pianiste Akiko Yamamoto qui comptent parmi vos fidèles partenaires. Comment est née cette amitié musicale ?

Ophélie Gaillard : Ma rencontre musicale avec Ayako Tanaka s’est faite, alors qu’elle était encore membre du Quatuor Psophos, autour du « Quintette » de Schubert. Nos affinités nous ont conduites ensuite à développer très vite l’exploration du répertoire en trio. Nous nous sommes ainsi associées à Akiko Yamamoto, une pianiste d’exception, très impliquée dans le domaine de la musique de chambre, qui possède les qualités nécessaires à notre formation en trio. Elle se glisse à merveille dans l’intimité des 8 cordes du violon et du violoncelle.

Quelle est la spécificité du trio par rapport aux autres formations que vous pratiquez ?

OG : C’est ma formation de musique de chambre préférée, au-delà de la sonate ! Chacun a un rôle très individualisé, très autonome. Les parties musicales sont d’ailleurs en générale particulièrement exigeantes sur le plan instrumental. Et en même temps, il faut trouver une vraie cohésion dans ce mélange des cordes et du piano. C’est une formation qui demande beaucoup d’affinités mais laisse également une grande liberté. On peut tout à fait se retrouver ponctuellement dans l’année et monter du répertoire sans avoir besoin d’une astreinte quotidienne à trois.

Pourriez-vous nous éclairer sur le choix de ce programme qui associe Haydn, Brahms et Rachmaninov ?

OG : Haydn symbolise la naissance du trio, avec un violoncelle qui commence à peine à s’émanciper de son rôle de basse continue, d’accompagnement. Le trio que nous avons choisi est particulièrement intéressant dans la mesure où il fait référence à un univers typiquement viennois mais nourri de racines hongroises voire roumaines, de ces musiques populaires d’Europe centrale. Nous jouerons ensuite le premier trio de Brahms, une œuvre de jeunesse qu’il a complétement remanié à la fin de sa vie. On sent ici, l’évolution du genre, du discours musical avec un violoncelle totalement émancipé auquel Brahms a confié de grands thèmes passionnés. Cette œuvre est portée par un souffle, une passion toute romantique mais témoigne aussi de l’influence viennoise, celle de Haydn et de Mozart, perceptible notamment dans le 3e mouvement. On sent également, comme chez Haydn, un parfum tzigane dans le final à travers des éléments rythmiques typiques du répertoire populaire hongrois. Enfin, nous avons choisi d’inscrire au programme le grand trio de Rachmaninov, beaucoup plus rarement joué que le premier et bref « Trio élégiaque ». Cette œuvre fleuve est extrêmement virtuose, en particulier pour le piano, et met en avant l’art du cantabile, de la mélodie dont Rachmaninov savait si bien faire preuve. Une vocalité traverse ainsi toute la partition. C’est une œuvre très impressionnante à jouer avec laquelle on se sent comme plongés dans un grand roman russe de la fin du 19e siècle. Ecouter ce trio, c’est un peu comme lire Anna Karénine !


Concert le 10 août 2017 en l’église du Pouzat

Droits réservés Festival des Arts - 2017 - Le présent programme est communiqué sous réserve d'éventuelles modifications.

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