Interview d’Emmanuelle Bertrand

Interview d’Emmanuelle Bertrand

Elle compte parmi les grandes figures du violoncelle, a été distinguée en 2002 par les Victoires de la Musique, joue sur les plus prestigieuses scènes internationales et dirige, depuis 5 ans, le Festival de violoncelle de Beauvais. Emmanuelle Bertrand est une musicienne aussi créative que généreuse. Elle défend avec un même engagement le répertoire classique comme la création et a conçu, avec le pianiste Pascal Amoyel, des spectacles originaux alliant musique et théâtre qui ont connu de vifs succès. Et elle partage avec ses amis de l’ensemble Sylf (Symphonie Loire Forez) une même envie de sortir des sentiers battus et de rendre la musique accessible au plus grand nombre. Propos recueillis par Laure Mézan

Pourriez-vous nous présenter cet ensemble Sylf avec lequel vous jouez régulièrement ?

Emmanuelle Bertrand : Cet ensemble a été fondé en 2009 et réunit des musiciens qui me sont très proches depuis de nombreuses années. Il trace son chemin avec beaucoup d’assurance et occupe aujourd’hui une place centrale dans la vie musicale du département de la Loire, voire au-delà puisqu’il est aussi amené à se produire sur d’autres territoires. Il est né de la volonté de musiciens issus d’orchestres de la région de vivre d’autres expériences orchestrales, dans un esprit assez chambriste. C’est formidable de jouer avec eux, car ils m’entourent et je peux sentir leurs énergies qui convergent vers le violoncelle. On fait de la musique de chambre à grande échelle ! Comme il n’y a pas de chef, les ramifications sont multiples, les liens se tissent entre les musiciens de l’ensemble mais aussi avec le soliste qu’ils accompagnent.

Qu’est-ce qui a suscité votre rencontre avec ces musiciens ?

EB : J’ai toujours été en lien avec les musiciens de ma région et il se trouve que le fondateur du Sylf n’est autre que mon frère, Jérôme Bertrand ! J’ai donc suivi avec beaucoup d’attention la création de l’ensemble. En fait, il est la concrétisation de différents projets artistiques menés par des musiciens avec lesquels je joue depuis très longtemps.

Comment avez-vous conçu ce programme, « l’âme du violoncelle », que vous présenterez à Saint-Agrève ?

EB : En fait, nous nous sommes fait plaisir tout simplement ! Vous savez, le répertoire regorge de petites pièces absolument irrésistibles mais qu’il est difficile d’inscrire au programme d’un concert car elles n’ont pas le format idéal du concerto, dans la mesure où elles ne durent que 7 à 8 minutes. Et les grands orchestres hésitent à programmer plusieurs pièces concertantes de différents compositeurs dans un même concert, pour des questions de lisibilité, de communication ! Nous avons donc choisi de constituer tout un programme avec ces pièces que l’on aime tant et que l’on a si peu l’occasion d’interpréter. Cela va du « Silence des bois », petite perle de Dvořák qui nous change de ce grand vaisseau qu’est le concerto, au bouleversant « Kol Nidrei » de Bruch en passant par toutes ces délicieuses pièces de Kreisler, Falla… Certaines de ces pièces sont écrites pour l’orchestre mais rarement jouées dans leur formation originale. Pour d’autres, nous avons réalisé des arrangements orchestraux.

C’est un programme qui met en avant l’âme romantique du violoncelle, sa vocalité, sa capacité à nous faire rêver, à nous raconter des histoires…

EB : Oui, et à nous toucher directement au cœur car le violoncelle a ce pouvoir extraordinaire de chanter. C’est d’ailleurs ce qui m’a rendu, dès le départ, amoureuse de cet instrument. Je me souviens d’avoir été transportée par ce son qui rayonne à l’infini, lors des premiers concerts auxquels j’ai pu assister, ceux de mon maître, Jean Deplace. C’est un sentiment indescriptible même ! Heureusement que la musique peut à elle seule exprimer ces sensations, car les mots trouvent leurs limites pour les décrire. Et c’est justement ce que ce programme met en avant : cette capacité à chanter et à nous toucher au plus profond de nous même. Ce titre fait ainsi doublement référence à notre âme et à cette petite pièce qui se trouve à l’intérieur de la caisse de résonnance de l’instrument qu’on appelle âme également.


Concert le 22 juillet 2017 à la grange de Clavière

Droits réservés Festival des Arts - 2017 - Le présent programme est communiqué sous réserve d'éventuelles modifications.

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