Interview de Stéphanie-Marie Degand

Interview de Stéphanie-Marie Degand

Un délicieux parfum «Proustien » soufflera sur la Grange de Clavière à l’occasion de ce concert qui s’annonce aussi romantique que raffiné. Car nos 4 musiciennes ont conçu un programme à l’image de ceux que l’on pouvait entendre dans ces salons que fréquentaient Marcel Proust, Reynaldo Hahn ou Guy de Maupassant, à la fin du 19e siècle. La musique française sera donc à l’honneur, servie par des interprètes hors pair, habituées à naviguer dans des répertoires très variés. Stéphanie-Marie Degand et Christie Julien ont associé récemment leurs talents dans un bel album intitulé « So french » qui a fait sensation cette saison. Isabelle Druet, qui vient de s’illustrer dans la Cenerentola de Rossini à l’Opéra de Paris, fait aussi merveille dans le genre de la mélodie, comme en témoignent ses récents albums discographiques. Quant à Noémi Boutin, dont l’enregistrement des suites de Britten a été très remarqué cette année, elle fait preuve d’une curiosité et d’une audace qui la conduisent à vivre des aventures musicales particulièrement créatives. Elles se retrouveront ici autour d’un répertoire qui devrait souligner leur sens des couleurs et de la poésie. Propos recueillis par Laure Mézan

C’est un programme de musique française romantique que vous avez conçu pour ce concert à Saint-Agrève. Qu’est-ce qui, selon vous, caractérise la musique française ? Peut-on parler d’un son, de couleurs spécifiquement françaises ?

Stéphanie-Marie Degand : J’ai la chance d’avoir pu explorer la musique française pour violon pratiquement depuis sa naissance jusqu’à aujourd’hui, et un élément essentiel m’est apparu : le lien entre le geste et la parole. Plutôt que la sonorité, qui est propre finalement à chaque compositeur, c’est le verbe qui compte. J’ai ainsi l’impression de jouer comme une chanteuse, de dire des mots ! Car le rythme de la musique est lié au rythme de la langue. La couleur de la langue française, que je trouve très lumineuse, peut ainsi influer sur une forme de sonorité. Et puis il faut penser au geste, au lien à la danse qui a nourri toute la musique, une tradition qui remonte au 18e, à Louis XIV notamment. Il est ainsi nécessaire de connaître toute cette culture du passé pour comprendre la musique de Saint-Saëns par exemple ou celle de Franck.

Comment décririez-vous l’esprit de ce concert, que vous partagerez avec Christie Julien, Noémi Boutin et Isabelle Druet ?

SMD : C’est un programme qui se veut festif, conçu comme un bouquet, associant des pièces brèves ou des extraits d’œuvres. L’idée est de traduire l’esprit d’un salon romantique, sous la forme d’une sorte de « Schubertiade » à la française. Nous avons privilégié le répertoire purement romantique de la fin du 19e siècle, avec Massenet, Saint-Saëns, Franck ou encore Fauré. Nous jouerons dans différentes formations (sonates, trio, mélodies avec piano) et nous nous réunirons en quatuor grâce à quelques petits arrangements et transcriptions, comme cela se pratiquait beaucoup à l’époque.

Vous nous restituerez donc l’ambiance de ces salons parisiens où se côtoyaient écrivains, peintres et musiciens ?

SMD : Tout à fait ! D’autant qu’on pourra entendre des mélodies de Reynaldo Hahn, l’une des grandes figures de ces salons romantiques. J’espère que nous serons dans cet esprit de communauté culturelle. Et puis l’ombre de Marcel Proust sera peut être perceptible, car nous jouerons un extrait de la « Sonate de Franck » que l’on associe parfois à la fameuse « Sonate de Vinteuil » de « La Recherche du temps perdu ». L’occasion d’ailleurs de rappeler que ces salons n’étaient pas que parisiens, car Marcel Proust les fréquentait ailleurs qu’à Paris !

 


Concert le 29 juillet 2017 à la grange de Clavière

Droits réservés Festival des Arts - 2017 - Le présent programme est communiqué sous réserve d'éventuelles modifications.

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