Interview de Nemanja Radulović

Interview de Nemanja Radulović

Nemanja Radulović fait son grand retour à la Grange de Clavière avec ses complices de Double Sens pour jouer des concertos de Bach auxquels ces musiciens ont consacré cette saison un album absolument jubilatoire. Et force est de constater que la musique de Bach permet d’exalter cette fougue, cette virtuosité et cette spontanéité que l’on apprécie tant chez Nemanja Radulović ! Il aborde ces pages avec une liberté qui nous rappelle à quel point cette musique a un caractère intemporel et s’adapte parfaitement à l’esprit de notre époque. C’est en tout cas ce que défendent Nemanja Radulović et Double Sens dans leur démarche interprétative. Propos recueillis par Laure Mézan

Quelles relations entretenez-vous avec la musique de Bach ? Peut-on parler de liberté ?

Nemanja Radulović : Tout à fait ! Je fréquente la musique de Bach depuis de longues années, depuis mon enfance en Serbie. C’est un compositeur avec lequel je suis toujours resté fidèle, car il m’a beaucoup aidé à des moments de doute, des périodes douloureuses ou importantes de ma vie. Il fait partie de mon quotidien, j’aime jouer sa musique le soir, car elle me permet de me nettoyer de toutes les énergies, de tout ce que j’ai reçu dans la journée ! C’est comme un filtre. Et sa façon d’écrire me semble tellement actuelle qu’elle s’adapte à toutes les époques y compris la nôtre. Elle continue d’influencer nombre de musiciens, même hors du monde classique. Elle s’inscrit véritablement dans la modernité.

On sait à quel point le partage, l’amitié sont essentiels pour vous. Partager la musique de Bach avec vos amis de Double Sens était essentiel ?

NR : Effectivement ! Après avoir exploré ensemble la musique de Vivaldi, nous avions envie de confronter nos idées à celles de Bach. Il en résulte des interprétations plus rapides que celles que l’on a l’habitude d’entendre, en particulier dans le double concerto que nous prenons, avec Tijana Milosevic, dans un tempo extrêmement vif et fougueux. Ce concerto nous le jouons, avec Tijana, depuis notre enfance alors que nous avions le même professeur. C’est formidable de le rejouer ensemble 20 ans plus tard !

Votre interprétation des concertos de Bach a une dimension jubilatoire. Dans quel état êtes-vous lorsque vous les jouez ? On a l’impression que vous êtes porté par une force incroyable !

NR : C’est cela ! On ressent même une énergie très rock dans certains mouvements. Et en même temps, les mouvements lents sont chargés d’une émotion si touchante. C’est une musique qui nous parle à tous, avec laquelle on peut « se lâcher », exprimer toutes nos émotions. On est loin de l’image purement intellectuelle que l’on a souvent associée à Bach. Il y a tant d’humanité chez ce compositeur !

C’est une musique qui, du coup, peut toucher selon vous un large public, des mélomanes aux néophytes ?  

NR : Oui, car la musique de Bach transcende véritablement les religions, les générations, les modes de vie. Chacun peut se retrouver dans ces concertos !

Vous avez justement un très large public et vous vous produisez parfois dans des lieux insolites. Dans quelle mesure votre public influence-t-il votre façon de jouer ?

NR : J’essaie de ne pas jouer pour un public d’initiés mais pour tout le monde. L’important est ne pas juger un public, de le laisser s’exprimer, même s’il applaudit entre les mouvements. Le concert c’est aussi un échange et je suis très réceptif aux réactions de ceux qui m’écoutent. Je me nourris sans cesse de la ferveur de mon public, que ce soit sur scène ou après les concerts dans ces moments de rencontres que j’aime tant.


Concert le 16 juillet 2017 à la grange de Clavière

Droits réservés Festival des Arts - 2017 - Le présent programme est communiqué sous réserve d'éventuelles modifications.

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