Interview de Bruno Fontaine

Interview de Bruno Fontaine

Il joue avec un même naturel Mozart, Gershwin, Satie ou les chansons de Barbara et d’Yves Montand ; collabore régulièrement avec l’Orchestre National d’Ile-de-France, la violoncelliste Sonia Wieder Artherton  ou le comédien Lambert Wilson. Bruno Fontaine est l’un de ces rares caméléons de la musique, capable de faire sauter les frontières entre le classique, la chanson et le jazz. Sa récente tournée à travers la France avec Lambert Wilson a connu un vif succès. Et avant de repartir sur les routes avec ce spectacle autour d’Yves Montand, il fera escale à la Grange de Clavière pour un récital en solo tout à fait original, à son image. Car il sait, comme personne, créer des ponts entre des univers qu’on pourrait croire incompatibles mais qui, grâce à son imagination et son art de l’improvisation, se marient à merveille. Propos recueillis par Laure Mézan

Le programme de votre récital à Saint-Agrève nous fera voyager entre le classique et la chanson. Ces deux univers vous sont-ils tout aussi naturels ?

Bruno Fontaine : Oui, je crois. D’ailleurs j’ai conçu ce programme dans l’idée de montrer que la frontière est mince entre une mélodie écrite pour Edith Piaf et un lied romantique ou que l’on peut rapprocher des musiques qui n’ont rien à voir, comme l’ouverture du « Chevalier à la rose » de Strauss et « Göttingen » de Barbara en jouant sur le clin d’œil géographique autour de  Vienne. En fait, je suis parti du lied « Frühlingsnacht » de Schumann dont la mélodie m’est apparue si proche de « l’Hymne à l’amour » que je ne peux pas imaginer que celle qui a composé la chanson de Piaf, Marguerite Monnot (elle-même pianiste de formation classique), n’ait pas eu dans l’esprit la musique de Schumann !

Et comment se sont créés les autres liens de ce programme ? On est surpris par exemple de voir Sibelius, le finlandais, associé à une chanson typiquement parisienne !

BF : C’est le mouvement de valse qui m’a inspiré. J’ai ainsi voulu associer la noirceur de la valse triste du Sibelius à un arrangement de la chanson « Padam » prenant la forme d’une valse folle qui, dans l’esprit de celle de Ravel, évoque la fin d’un monde.

Et entre Bach et Charles Trenet ?

BF : Cela vient d’une expérience que j’avais tentée il y a quelques années alors que j’accompagnais Lambert Wilson dans un spectacle de chansons. Je m’étais amusé à utiliser un choral de Bach en accompagnement de la chanson « Que reste-t-il de nos amours » et cela fonctionnait parfaitement ! J’ai donc eu envie de le refaire dans ce récital, en dissociant les 2 pièces dans un premier temps puisque je joue le choral de Bach dans son intégralité avant d’improviser sur la chanson de Trenet. Mais à la fin, les 2 musiques s’imbriquent.

Ces associations sont issues de votre imagination, mais finalement bien des auteurs de chansons ont puisé leur inspiration dans le répertoire classique, à l’instar de Serge Gainsbourg…

BF : Et il est loin d’être le seul ! J’ai encore été frappé récemment par l’inspiration « Bachienne » de Barbara dans sa chanson « La petite cantate » !  Je pense que tous les compositeurs de chansons ont, à un moment ou à un autre, été inspirés par des thèmes classiques.

Vous êtes, avec Michel Portal, l’un des premiers artistes à avoir navigué avec tant de naturel, entre le classique et le jazz. Est-ce que la nouvelle génération de musiciens classiques vous paraît plus encline à abolir également les frontières, à se frotter à d’autres univers musicaux ?

BF : Oui et je m’en réjouis ! Car j’ai connu un temps où il était suspect de s’aventurer dans des territoires différents. Et fort heureusement, les mentalités ont évolué dans le bon sens.

Mais il faut, pour cela, maîtriser l’art de l’improvisation, comme le faisaient d’ailleurs dans le passé les musiciens classiques !

BF : Et c’est là, le problème. Car même si cela passe par le lâcher prise, l’improvisation n’est pas donnée à tout le monde. Elle peut se travailler, mais il faut, à la base, avoir des facilités, un certain don ou s’y initier dès l’enfance. Lorsque j’étais enfant, mon père, qui était l’un de mes premiers professeurs, s’amusait à me retirer toutes les partitions du piano afin que j’apprenne à m’en passer pour jouer.  L’improvisation m’est ainsi devenue aussi naturelle que la respiration !


Concert le 26 juillet 2017 à la grange de Clavière

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